Partir en Inde entre filles, est-ce dangereux ?

Partir en Inde entre filles, est-ce dangereux ?

J’ai toujours été de nature aventurière et intrépide. Quand nous avons envisagé de partir en Inde à 3 filles, je me disais « Oui, et alors » ? C’est seulement sur place que j’ai commencé à réaliser. A New Delhi, la rue appartient aux hommes. Lors de nos sorties en ville, nous sentions sur nos épaules des regards intrigués. Nous nous amusions d’être des curiosités, mais les yeux se posaient parfois de manière insistante, voir lubrique. Nous étions pourtant habillées de façon décente, toujours dans le respect des coutumes locales et des pudeurs indiennes. Assez naïvement, nous justifions ces comportements et cette forte représentativité masculine par le sex ratio de 1000 hommes pour seulement 940 femmes. Mais rapidement nous avons compris qu’il existe de fortes inégalités de conditions (sans pour autant juger leur mode de vie).

Où se place donc la limite de cette domination latente ? Quels gestes et mots peut-on (et doit-on) accepter lorsque l’on est une touriste ? La limite est parfois fine, car un saluement peut vite se transformer en sifflement, en remarque sur les vêtements et même en insultes. Est-ce un rapport de force culturel que l’on doit intégrer et accepter, ou est-ce vraiment dangereux ?

« A New Delhi, la rue appartient aux hommes. »


Ne pas prendre les traditions du pays personnellement

En Inde, il est indispensable de prendre en compte le poids de la religion et des traditions. Il faut bien se renseigner et prendre du recul sur la culture du pays. Les textes hindouistes préconisent la subordination quasi totale de la femme à l’homme. Les jeunes filles sont élevées dans ce sens et finissent par trouver leurs conditions « acceptables ». Ce qui est inconcevable en France, peut être tout à fait bien vécu en Inde. Et cela va même jusqu’au texte juridique fondateur qui mentionne :

« dans l’enfance, une femme doit être soumise à son père, dans la jeunesse à son mari et lorsque son maitre meurt, à ses fils ; une femme de doit jamais être indépendante (…) une femme n’est pas faite pour être libre »

La culture de l’infériorité de la femme est donc clairement établie et entrée dans les mœurs. Mais qu’en est-il du comportement envers les touristes ? Mon expérience se concentre exclusivement sur l’Inde du Nord où nous avons été extrêmement bien accueillit. Les hommes ont toujours été très polis envers nous (voir même trop). Ils ont conscience que notre présence favorise leur économie et prennent à cœur que tout se passe bien durant notre séjour. Le secrétaire général de la Chambre, D.S Rawat, a même mit en place un programme pour sensibiliser la population à l’importance du tourisme et au respect des voyageurs. Et puisque ça se lit sur notre visage que nous sommes étrangères, les traitements sont instinctivement différents.

Faire des concessions et vivre l’expérience de l’intérieur

On dit adieu à nos pensées d’européennes, à nos habitudes de voyages et on s’adapte. En Inde, parcourir 100 mètres, c’est tout une épreuve. On oublie les flâneries et les ballades romantiques à papoter entre copines, c’est tout bonnement impossible. Il faut suivre les flux de (nombreux) locaux qui se déplacent en même temps, en prenant le soin d’éviter les personnes assises sur les trottoirs et les chiens errants. Vivre la culture indienne, c’est aussi réussir à s’en sortir dans la rue. On choisit donc bien précisément son point A et son point B et c’est parti pour l’aventure tête baissée.

De même, il faut bien choisir son parcours de visite. Les lieux touristiques sont encadrés et la sécurité y est renforcée, mais si vous souhaitez sortir des sentiers battus choisissez le bon timing. Tous les lieux, même les plus beaux et immanquables ne sont pas bons à voir. Restez vigilantes aux horaires. Ne sortez pas trop tard le soir sans accompagnement. Si vous logez à l’hôtel, questionnez les réceptionnistes, ils sont en général de très bons conseils sur les façons de faire.

A savoir également qu’il existe une extrême pudeur dans la société indienne actuelle. Ce qui est d’ailleurs assez paradoxal quand on découvre les sculptures antiques très équivoques. Les signes d’affection entre hommes et femmes en public sont très mal perçus et des attitudes Occidentales peuvent être mal interprétées. Fumer une cigarette peut être vu comme un désir d’émancipation, une épaule dénudée jugée trop sensuelle. Dans une interview menée par The Guardian, le ministre du Tourisme Mahesh Sharma disait :

« Pour leur propre sécurité, les touristes étrangères ne devraient ni porter de robes courtes, ni de jupes… La culture indienne est différente de celle occidentale. »

Il est donc possible d’offusquer des indiens ou de leurs envoyer de mauvais signaux, même sans le savoir. Restez donc en veille constante des réactions et essayez de les décrypter. N’hésitez pas à poser des questions si vous sentez un malaise. Dans 99% des cas ils vous répondront que tout va bien pour ne pas vous contredire, mais ils prendront conscience qu’il s’agit simplement de différences culturelles.

Pénibles, mais à priori inoffensifs

Notre voyage en Inde du Nord, d’Agra à Jaipur, a été mémorable. Mais pour être honnête, elle n’a pas été de tout repos. Nous avons sans cesse été sollicités. Dès que nous mettions le moindre pied hors de l’hôtel, des hordes de taxis se ruaient vers nous. Quelques mètres plus loin, des enfants nous suivaient, puis des vendeurs, puis rapidement tout un tas de personnes. A savoir aussi que les indiens adorent se faire photographier. Si vous sortez votre appareil, attendez-vous à ce que l’on vienne vers vous. Parfois pour vous poser des questions, discuter, mais très souvent pour vous demander de prendre des photos d’eux pour ensuite vous réclamer l’argent. Classique !

Je ne sais pas si pour des hommes l’expérience aurait été différente, mais en tant que femmes on éveillait vraiment les curiosités. Sans mal. Même s’il faut avouer que nous apprécions grandement les repas au calme, pour nous retrouver en toute intimité. Pour résumé, disons qu’au dehors c’était riche en découvertes et à l’intérieur en retrouvailles.

Un guide indien comme boussole et meilleur ami

Avoir un guide en Inde est un moyen miraculeux d’éviter les nombreuses sollicitations journalières. Par le bouche à oreille, nous avons obtenu les coordonnées d’un taxi indien que l’on nous conseillait fortement. Et effectivement, sa bienveillance nous a été d’une aide précieuse, nous nous laissions guider avec confiance.

Au fil des conversations, le guide nous a dévoilé la position délicate dans laquelle il se trouvait. Lorsque des locaux nous sollicitaient, il était incommode pour lui de leur demander de nous laisser tranquille. C’est comme s’il s’opposait à sa culture au profit d’étrangères. Il fallait donc que nous disions « non » avec insistance, que la première démarche vienne de nous pour justifier qu’il intervienne.

Il nous a accompagné pendant plusieurs jours et nous l’avons adoré. Comme s’il faisait partie intégrante du voyage. Nous avons même gardé contact via les réseaux sociaux. Sur place, nous lui proposions souvent de venir manger avec nous, au lieu de rester dans sa voiture à nous attendre. Il refusait avec gêne : les restaurants dans lesquels nous allions étaient hors de prix en roupies, et même si nous l’invitions il trouvait que c’était de l’argent gaspillé. Nous étions très reconnaissantes de tout ce qu’il faisait pour nous et lui avons donné un pourboire en partant. A l’échelle de notre voyage ça ne représentait qu’une part infime, mais pour lui ça semblait beaucoup.

Je recommande ce mode de fonctionnement pour l’Inde c’était parfaitement adapté ! Attention néanmoins aux tarifs proposés, pensez à demander si le prix des parkings est inclus, par exemple. Si vous souhaitez le contact de Vijay, ce fameux guide qui nous a fait découvrir l’Inde, n’hésitez pas à m’écrire : lecandyraton@gmail.com

 

Et si la France vivait le même problème à différente échelle ?

En prenant un peu de recul, on peut se questionner sur la France. Il y existe aussi des inégalités entre les sexes, même si elles sont moins flagrantes. Certains quartiers sont peu recommandés pour des femmes seules qui s’y baladeraient la nuit. Disons que des risques subsistent partout, il faut juste prendre les bonnes précautions et se renseigner. Ce serait dommage de rater les merveilles qui existent à travers le monde par peur !

Et vous, avez-vous déjà fait des voyages exclusivement entre filles ? Dans quelles conditions ? Si vous avez déjà été confronté(e)s à des situations dangereuses à l’étranger, j’aimerai beaucoup partager sur vos expériences et en savoir plus sur vos réactions.



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